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forum Index du forum forum Nos romans sur l' Egypte forumGamal Ghitany

Auteur : Sujet: Gamal Ghitany  Bas
 vidalou
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 vidalou
  Posté le 10/09/2005 16:53:11
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Nouvel Observateur Hebdo  N° 2107 - 24/3/2005

Rencontre avec Gamal Ghitany

Tout sur Le Caire

Quinze ans après sa publication en Egypte, le monumental «Livre des illuminations», qui révolutionna la littérature arabe contemporaine, paraît en France. Un événement


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Tout sur Le Caire

C'est le Coran profane d'un fils de fellah, dont la vie fut placée sous le signe de la mort: «Un des premiers souvenirs que je conserve de ma petite enfance, c'est celui du bombardement israélien de 1948. Le bombardement du Caire. Nous étions au 5e étage. On est sortis sur la terrasse, malgré l'ordre de descendre. Je revois encore le ciel.» Ciel fou, ciel de guerre. Plus tard, Gamal Ghitany, abasourdi par la défaite éclair de 1967 et la fin du grand rêve nassérien, rejoindra le front en qualité de grand reporter. «J'ai vu l'explosion des bâtiments, des véhicules, j'ai vu la douleur au moment où elle naît sur le visage des blessés, j'ai ressenti la panique au passage d'avions de chasse et de bombardiers volant à si faible altitude que je pouvais distinguer la couleur des casques de leurs pilotes.»
Ghitany, c'est une enfance et des guerres, un village qu'il revoit, avec ses habitations pauvres accrochées à la colline comme pour se prémunir des crues de l'imprévisible Nil, des palmeraies luxuriantes, des sentiers poussiéreux. Souvenirs, aussi, des ruelles misérables du Caire, avec ses bouquinistes qui étalaient à même le sol, près de la moquée Al-Azhar, les traductions des grands classiques de la littérature occidentale, Dostoïevski, Zola, Maupassant, Tchekhov. C'est devant un kiosque de la place Al-Husayn qu'il déniche, enfant, son premier livre. Le Coran? Non, «les Misérables». Hommage au père pauvre, mort en 1980, qui permit à son fils d'aller à Hugo quand les autres se rendaient à la mosquée, et sur le front duquel Ghitany pose aujourd'hui ce livre comme un dernier baiser.
«J'ai une relation très forte, explique-t-il, avec les écrivains européens, Saint-Exupéry, Dumas, Proust, Kafka, Ivo Andric, Dino Buzzati. Mahfouz lui-même descend de Thomas Mann. Mais je n'oublie pas l'ancienne littérature pharaonique que les auteurs arabes ont pour la plupart oubliée.» Dans «le Livre des illuminations», le narrateur-Ghitany raconte comment il reçoit, au lendemain de la mort de son père, une mystérieuse convocation devant un tribunal divin, le «Divan», sorte de «poste de contrôle avancé à partir duquel est supervisé notre monde terrestre». Il se voit alors autorisé à voyager à travers les siècles au moyen d'illuminations successives. Les époques se mêlent, toutes les vies du Nil dont les eaux semblent l'horloge que les dieux offrirent aux hommes pour dire l'éternel passage du temps. «Le monde, écrit Ghitany, est en éternelle partance du monde.»
Traité de sagesse présocratique, livre de sagesse et de soufisme, récit initiatique, violent pamphlet anti-Sadate, faire-part de deuil et guide de voyage, livre d'amour au temps du peu d'amour, «le Livre des illuminations» est un roman-monde qui revient sur les traces du récit fondateur, «le Livre des morts», dont Ghitany note qu'il devrait s'intituler en français: «Sortir vers le jour». «Les Anciens égyptiens refusaient l'idée de la mort. Même si beaucoup d'Egyptiens ont oublié leur religion, il existe encore une croyance populaire, qui contient des fragments de l'ancienne. On croit au "Divan" dans les ruelles du Vieux Caire. Et l'idée du voyage subsiste aussi. Voyage dans l'autre monde, dont la course du soleil, la nuit, de l'autre côté du monde, est le symbole. C'est pourquoi les Anciens égyptiens conservaient les corps pour permettre aux défunts de voyager dans l'autre vie.»
Homme de savoir, Ghitany est aussi un activiste engagé dans les combats d'aujourd'hui. «Avant 1967, on m'a jeté en prison. Parce que j'avais soutenu le point de vue des pauvres. Nasser se réclamait d'un socialisme qui n'était pas le mien. Moi, c'était celui de Mao. Sartre m'a sorti de prison. Il ne me connaissait pas, mais il était invité au Caire, et on lui a parlé de moi. Il a demandé ma libération.» Journaliste le matin, écrivain l'après-midi, Gamal Ghitany est aujourd'hui un notable de la culture qui n'a rien renié de ses origines. Il travaille quatre heures par jour, au milieu de ses livres. «Sur mon bureau sont gravés des poèmes de la tradition arabe sur le temps. A côté de moi, j'ai toujours sous la main les grands livres de ma vie: Ibn Arabi, "le Livre des morts", "Moby Dick", "les Frères Karamazov", "A la recherche du temps perdu", "le Désert des Tartares". Des albums de peinture, aussi. Magritte, Balthus, Picasso, les miniatures persanes, des ouvrages sur les tapis.» En bas, la ville bruyante. Le Caire, en éternelle partance du Caire.

«Le Livre des illuminations», par Gamal Ghitany, traduit de l'arabe par Khaled Osman, Seuil, 878p., 35 euros.

Né en 1945 dans un petit village du sud de l'Egypte, Gamal Ghitany s'initie à l'art de dessiner les tapis, et découvre les littératures arabe et occidentale. Activiste de gauche, il est emprisonné pendant un an, en 1966. Il devient reporter de guerre puis écrivain. Rédacteur en chef du supplément littéraire «Al-Akhbar», il est l'auteur d'un livre d'entretiens avec Naguib Mahfouz et de plusieurs romans.

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 isis marie
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 isis marie
  Posté le 07/11/2008 19:39:09
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Les poussières de l’effacement

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Le Cairote et l’homme des sables


Interview /Egypte. Rencontre dans un café du Caire avec Gamal Ghitany et Ahmed Abo Khnegar.

Il attend, assis en vieil habitué à la table de cuivre martelé. La menthe fraîchement coupée a rejoint la poudre de thé dans la théière cabossée posée devant lui par un serveur à grosse moustache, déférent et protecteur. Sous les miroirs piquetés et multicentenaires du mythique café Fishawy, au cœur du souk du Khan el-Khalili, Gamal Ghitany est chez lui. Au point, à 63 ans, d’y avoir même vécu plusieurs vies. La première fut celle d’un fils de Haute-Egypte, déraciné et greffé ici, à l’ombre des mosquées de ce Caire médiéval tortueux et poussiéreux. Il y grandit, y travailla comme dessinateur de tapis. Une pincée d’années plus tard, d’autres vies l’en éloignèrent, sans jamais l’en couper. Il fut journaliste, correspondant de guerre. Militant communiste, entôlé. Romancier reconnu, il se fit aussi critique, fondant avec succès en 1993 Al-Akhbar al-Adab («les Nouvelles littéraires»), la plus influente revue de lettres du monde arabe. Une aventure nourrie par des années de discussions avec Naguib Mahfouz, qu’il considérait comme son maître et qui voyait en lui un frère d’écriture plus qu’un fils. La disparition du prix Nobel de littérature, il y a deux ans, l’a laissé plus pensif encore, soucieux de voir s’accélérer autour de lui un monde de moins en moins capable de profondeur. «Nous n’avons plus de mémoire», regrette-il.

«Bonheur». Mémoire, temps et hasard, autant de thèmes qu’il explore dans les Poussières de l’effacement, un carnet de pensées publié ce mois-ci en français. Une matière à réflexion dense et poétique, servie, comme à l’accoutumée, par une traduction subtile. «J’ai le bonheur, sourit-il, d’être traduit par quelqu’un qui me connaît mieux que moi-même.» De son adolescence assoiffée de mots, Gamal Ghitany connaît sa chance, celle d’avoir pu trouver au Caire, facilement, la littérature étrangère qui allait l’ouvrir au monde. «A l’époque, les plus grands auteurs français étaient quasi immédiatement traduits en arabe. Saint-Exupéry, Cocteau, Beauvoir. La culture passait d’abord. Aujourd’hui, on est à l’époque du mail, du satellite, on peut joindre n’importe qui dans la seconde, mais les traductions d’œuvres essentielles, elles, diminuent. C’est une tragédie pour tous. On a de moins en moins de contacts, alors que nos esprits en ont besoin pour ouvrir leurs frontières.»

Le visage de Gamal Ghitany s’éclaire. Dans l’encadrement de la porte du café, une ombre souriante s’immobilise, traverse la fumée parfumée des narguilés, et s’assied aux côtés du romancier. Avec sa longue silhouette d’arbre brûlé, Ahmed Abo Khnegar porte sur lui toute l’histoire de son peuple. Né près d’Assouan, celui que Ghitany présente comme un des plus grands auteurs de sa génération a gardé la démarche gracile et silencieuse des nomades Ababdas. Une tribu presque oubliée, méconnue du reste de l’Egypte, et pourtant maîtresse, depuis la nuit des temps, des pistes désertiques entre la vallée du Nil et les bords de la mer Rouge. Pour Gamal Ghitany, qui le parraine aux Belles Etrangères, Ahmed Abo Khnegar incarne une véritable rupture dans la littérature arabophone. «Il a su réinventer les formes narratives, créer une nouvelle réalité, en mêlant des atmosphères d’une profondeur intense avec la magie, l’éloignement, la solitude», s’enthousiasme-t-il. En quelques années, ce jeune prof de lettres a imposé dans le paysage du livre égyptien un univers étonnant, marqué par l’onirisme de la tradition nomadique. Un monde aux frontières mouvantes, comme les aime Ghitany, et où la spiritualité et la quête de sens - au-delà même du religieux - tient une place essentielle.

Porte africaine. Au-dessus de la table en cuivre et des thés fumants, la conversation s’est accélérée. Le café Fishawy semble revivre les heures où Naguib Mahfouz commentait ici avec ses compagnons les nouvelles du monde et des livres. «Il faut absolument que vous puissiez lire Désert, de Le Clézio», avance Ghitany à son interlocuteur. Mais à Assouan, porte africaine de l’Egypte, la littérature est une chose bien lointaine. Dans ce gros bourg posé en bord d’un Nil aux eaux trompeusement tranquilles, la vie est davantage rythmée par l’arrivée des bateaux de croisière que par les débats qui enflamment régulièrement les cercles intellectuels cairotes.

Filiation. Adolescent, sur les étagères de la bibliothèque municipale, Ahmed Abo Khnegar a ainsi longtemps traqué les auteurs, dévoré Tchekhov, «un maître absolu, au centre de tout», lu les classiques. «Mais j’ai attendu des années avant de découvrir qu’il existait une littérature contemporaine, ne serait-ce que dans mon propre pays ! Gamal Ghitany, mais aussi Sonallah Ibrahim, Ibrahim Aslan ou Mohamed al-Bisatie m’ont ouvert des mondes, j’ai découvert qu’il y avait une histoire au-delà de l’histoire officielle, une écriture qui pouvait s’inscrire dans un contexte, celui de sa propre époque.» Une cigarette fume au bout de ses doigts, secs et noueux comme des sarments. Une génération sépare Ghitany, aux allures de chat aux aguets et Abo Khnegar, insaisissable échassier du désert. «Mais je crois qu’il existe, consciemment ou pas, une continuité entre les écrivains, même à leur corps défendant», avance Ahmed Abo Khnegar. Ghitany acquiesce, ravi de cette filiation où s’inscrit en filigrane une exigence commune du verbe et du fond. Lui, qui dans les Poussières de l’effacement confronte les assauts de l’oubli aux fragments de sa mémoire, se réjouit d’avoir découvert en Ahmed Abo Khnegar un jongleur de temps, capable de tisser une œuvre ancrée dans la modernité, tout en s’abreuvant de la culture plurimillénaire de sa tribu. «L’inverse de ce que deviennent, malheureusement, les lettres arabes, qui vont de plus en plus vers une littérature clinique, sans profondeur, à l’image de la société, de la politique. Une littérature de best-sellers, mais qui ne fait pas de grands livres.»

Gamal Ghitany et Ahmed Abo Khnegar sont à Paris les 10, 12 et 13 novembre, à Saint-Nazaire le 14, à la Rochelle le 17, à Rochefort le 18, à Bordeaux le 19, à Mérignac et à Pessac le 20.

Traduit de l’arabe (Egypte) par Khaled Osman. Seuil, 424 pp.

Source : Libération - correspondante au Caire CLAUDE GUIBAL

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 Kheriset
 Modérateur
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 \"N\'a de conviction que
celui qui n\'a rien
approfondi\" Emile Cioran
 Kheriset
  Posté le 07/11/2008 20:48:19
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Merci Isis marie... Cela donne tout de suite envie de lire "Les poussières de l'effacement", l'article étant en lui-même "tout un poème"...

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